Je vis et travaille dans une partie rurale du Pays Basque, dans un village qui s'appelle Ostabat / Izura en Basse Navarre. Dans ma peinture, je m'inspire du paysage et de l'architecture des fermes et des maisons des villages.
Je peins à l'huile et à la tempéra, sur des toiles que je prépare moi-même. Leur texture rugueuse et plissée fait écho à la vétusté des murs et des bâtisses. Comme beaucoup de peintres, j'ai commencé par vouloir montrer ce que je voyais. Mes tableaux étaient comme des portraits des maisons qu'ils représentaient. Puis, ma peinture est devenue plus abstraite. Je me suis concentrée sur l'essentiel des matériaux et des couleurs.
Je fais aussi des collages, en utilisant des morceaux d'affiches et des éléments naturels et organiques - du foin, de la fougère, de la laine de brebis ... j'essaie d’intégrer la nature dans mes tableaux, en y collant par exemple des ailes de papillons et des insectes morts. Mon but est toujours le même: de donner une vision personnelle et dynamique de l’environnement dans lequel je vis, ce Pays Basque distant de la côte, qui conserve encore son caractère rural et agricole. Je cherche à montrer ce que je vois autour de moi: les fermes, la nature, les annonces des fêtes de village, les manifestations politiques ...
Je suis née à Bordeaux et j'ai passé une grande partie de mon enfance et mon adolescence dans le Pays Basque, terre de ma mère. J'ai commencé ma carrière professionnelle en travaillant comme éducatrice d’enfants handicapés. J'ai fait mon apprentissage de peintre chez l’artiste peintre espagnole Teresa Muñiz à Madrid au cours des années 1980.
Je cherche dans mes tableaux à créer un effet d'éclatement visuel et tactile pour exprimer toute la force et la solidité des maisons basques. Elles sont pour moi une métaphore d’une société rurale qui est en train de changer radicalement.
Cet article du Journal du Pays Basque, de mai 2005, explique très bien ma démarche:
Pour ceux ou celles qui conçoivent la maison basque comme une coquette villa avec son perron, sa voie de garage et son jardin de fleurs, les peintures de Josette Dacosta n’auront pas grand’ chose à dire. Par contre, tous ceux ou celles qui s’extasient devant un vieux mur décoloré ou devant des volets vétustes, dont le rouge basque délavé n’est que l’ombre du passé, comprendront tout de suite le sens et la puissance de ses tableaux.
Le sujet principal de Josette Dacosta et la maison basque. En effet, beaucoup de ses tableaux n’ont pour seul nom que le mot "Etxea". Elève de l’artiste abstraite espagnole Teresa Muñiz à Madrid au cours des années 1980, Dacosta joue avec les couleurs et la texture des toiles pour créer des peintures où s’allient réel et abstraction. Leur force est de résumer dans une surface restreinte toute la puissance physique et psychologique de la maison traditionnelle basque. Vivant et travaillant à Ostabat et à Saint Jean Pied de Port, elle s’est imprégnée de l’amour des vieilles maisons. Voilà ce qu’elle tente de transmettre dans ses tableaux.
Voici aussi le texte d'une interview que j'ai donnée en 2003:
Vos sujets préféres sont les maisons du Pays Basque, où vous avez passé votre enfance, et les fleurs. Comment expliquez-vous cette bipolarisation entre deux thèmes bien différents l'un de l'autre ?
Je peins les maisons du Pays Basque parce que pour moi ce sont comme des personnes. Ce sont les témoins à travers les siècles d'un mode de vie rural, agricole, qui est encore très enraciné dans cette région mais qui est en train de céder devant la modernisation et l'urbanisation de nos campagnes. Au début, mes tableaux étaient comme des portraits. Les gens du coin reconnaissaient les maisons et savaient les identifier. Dernièrement, je me suis orientée vers un traitement plus abstrait du mon thème, jouant sur les matières et les couleurs por transmettre la force qui émane de ces bâtisses séculaires.
Pour bien saisir ma démarche, il faut savoir que la maison, dans la culture basque, a une importance tout à fait spéciale. Traditionnellement, les familles se connaissaient non pas par leur nom de famille, mais par le nom de la maison où ils vivaient. Plusieurs générations vivaient sous un même toit. L'aîné de la famille héritait la maison - etxea en basque - et les terres, mais les cadets y avaient toujours leur place. On employait même l'expression marié à la maison pour signifier l'arrivée d'un gendre, porteur d'un nouveau nom de famille, qui se mariait avec la fille de la maison et qui par là acquérait d'office le nom de la maison.
L'architecture des maisons basques est simple et sobre, très équilibrée dans sa géométrie. Les matières sont celles de la terre environnante, la pierre locale, les poutres taillées dans les arbres des forêts de chênes, de châtaigniers et de hêtres des alentours. Peintes à la chaux avec les volets rouges ou verts, les maisons basques possèdent un caractère particulier, une sorte de force intérieure, qu'on appelle en basque indarra pour signifier cette âme qui vit et qui survit à travers les siècles.
Cette force est perceptible même quand les maisons ne sont plus habitées, quand elles sont abandonnées et tombent en ruines. Cela arrive, malheureusement, plus souvent qu'on n'aimerait le croire, dû en partie à l'attachement qui fait que des héritiers préfèrent parfois laisser à l'abandon une maison qui leur vient en héritage, plutôt que de la vendre. Les maisons que je peins sont pour la plupart vieilles, parfois vides, mais elles ont en commun cette force intérieure, cet indarra, qui en fait pour moi des personnages. Mes tableaux sont en quelque sorte des portraits d'un aspect de la vie rurale de cette région.
Et les fleurs ?
Les fleurs, c'est la couleur, la vivacité, la vie. Je travaille beaucoup avec les couleurs, mes couleurs, qui se retrouvent aussi bien dans mes maisons basques que dans les fleurs que je peins dans mon atelier. Ce sont des fleurs coupées, achetées, que je mets en bouquet le temps d'une pose d'une journée ou deux. Contrairement aux maisons, qui subsistent à travers les siècles, les fleurs sont fragiles, fugaces. Mais elles aussi ont une force, celle de la couleur à travers laquelle elles illuminent leur environnement. Un tableau sert en quelque sorte de flambeau, pour éclairer tout ce qui l'entoure. Il y a un mariage, ou plutôt un accouplement, qui se crée entre les couleurs de la peinture et celles de son entourage. Peindre des fleurs, de nos jours, peut paraître plutôt passé, voir même ringard. Mais les gens aiment les fleurs, et la plupart aiment aussi mes tableaux.
Et puis, la tradition de peindre des fleurs est fort bien ancrée dans la tradition de la peinture européenne. Au 17ème siècle, au plus haut de la fièvre spéculatrice qui s'emparait du marché des tulipes en Hollande, les riches marchands de la bourgeoisie payaient de grosses sommes pour que des peintres immortalisent leur spécimens les plus prisés. Il y avait des peintres spécialisés en portraits, les portraitistes, d'autres qui faisaient des paysages, les paysagistes, et puis d'autres encore dont la spécialité fut celle de peindre des fleurs. Parfois, on trouve un tableau où les deux disciplines se conjuguent ensemble, une représentation de la Vierge, par exemple, entourée d'une guirlande de fleurs. Un tel tableau, souvent, fut le produit de deux artistes, celui qui peignait des Vierges, et l'autre qui peignait des fleurs. Et puis les fleurs sont le symbole par excellence de l'impermanence de la vie.
En quelque sorte, les fleurs sont à l'autre bout de l'échelle, en ce qui concerne leur pérennité, en comparaison avec les maisons basques. Commun aux deux sont les jeux de couleurs, des textures, et c'est cela qui me fascine.
Vous parlez de textures, et l'on remarque que souvent, dans vos tableaux, vous vous servez de vieux draps, de feuilles de journaux collées, ou bien de planches de bois comme support. Qu'est-ce qui vous fait préférer de tels supports à la surface lisse d'une toile bien tirée ?
Évidemment les peintres aiment expérimenter. C'est l'essentiel de l'art. Et pour les mêmes raisons que celles pour lesquelles je préfère peindre le portrait d'une vieille maison, voire même abandonnée, plutôt que d'une maison neuve, je préfère souvent - pas toujours! - peindre sur un support qui est en quelque sorte le rejet du monde manufacturé et homogénéisé qui nous entoure de plus en plus. L'âge et la rugosité confèrent un caractère, une présence aux choses que n'ont pas les articles manufacturés en général. Les surfaces sur lesquelles je peins ont leur propre vie, tout comme les sujets de ma peinture. Cela donne à mes tableaux une vivacité et une vigueur tout à fait particulières.
Et puis, il y a quelque chose de nostalgique dans ces vieux draps qui rime bien avec les sujets que je peins, les vieilles maisons, les ruelles de mon village, Ostabat, qui fut autrefois un centre commercial florissant mais qui aujourd'hui se dépeuple et se voit péricliter.
Vous avez restauré une vieille maison à Saint Jean Pied de Port, dans le coeur du Pays Basque intérieur. Quel en est le but?
J'ai eu la chance de pouvoir acquérir et sauver de la démolition une vieille maison dans une des deux rues principales de cette petite ville très charmante qu'est Saint Jean Pied de Port. C'est un lieu que je connais depuis ma petite enfance, et qu'aimait beaucoup ma mère, née dans un village voisin. Son rêve était de s'y installer. Dans cette maison, qui se trouve dans la rue de la Citadelle qui monte vers les fortifications construites par Vauban au 17ème siècle, j'ai construit mon atelier et un espace-exposition.
Saint Jean Pied de Port est la capitale historique de la Basse Navarre, l'une des trois provinces basques du côte nord de la frontière qui sépare la France de l'Espagne. Le port, ou col, auquel elle donne accès fut pendant des siècles la voie principale de traversée des Pyrénées dans toute leur partie occidentale. Les Romains sont passés par là, Charlemagne et Napoléon aussi. Et puis, c'est aussi la route que prirent - et que prennent encore aujourd'hui - les pèlerins qui se rendent à pied à Saint Jacques de Compostelle, dans l'extrémité ouest de l'Espagne. Ma maison à Ostabat est sur le chemin des pèlerins. Des douzaines de pèlerins passent devant tous les jours en été. La maison de Saint Jean Pied de Port aussi. C'est un lien dans la géographie et dans le temps qui me plaît.
Cliquez ici pour voir des tableaux que j'ai peints à Ostabat dans les années 1990.